La construction européenne

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La construction européenne

Message par Admin le Dim 27 Déc - 10:42

Jalons pour la construction européenne, Discussion

Plan
1) Problèmes à court terme : incohérences institutionnelles


2) Problème à long terme : « Mais qu’est-ce que l’Europe, au juste ? »
a) Définitions, limites, objectifs
b) Point de vue historique et culturel
c) L’Europe sur le plan externe : ses frontières géographiques et son expansion
d) L’Europe sur le plan interne : sa consolidation

i) Frontières, politique migratoire et économie
ii) Stabilisation de l’Europe : relations entre les pays


3) Quelles lectures mentales adopter

4) Les cas particuliers (à compléter)
a) Lutte contre les paradis fiscaux
b) Turquie
c) Russie


Chtite conclusion

Piliers, axes de combat :
- Armée européenne, Présidence et gouvernement européen réel, convergence du droit européen
- Renforcement des frontières (intransigeance contre l’évasion fiscale, libre-échange, quotas migratoires)
- « Union de la méditerranée » qui donne voix aux pays du Sud de l’Europe
- Carte de l’excellence (technologie, universités)
- Emigration

Voici, concernant notre discussion de la dernière fois, toutes les idées que j’ai en mémoire que je peux te communiquer concernant la construction européenne. Je partais sur quelque chose de court et léger et l’inspiration est venue en écrivant, le sujet, riche, aidant.
J’essaierai d’accentuer sur l’ « appareillage conceptuel », comme tu semblais surtout me le demander, restant dans le conceptuel, sans entrer forcément dans le détail de réalisation pratique et les formulations explicites, les possibilités permises par les lois de l’UE, les laissant aux bons soins du juriste que tu es.

1) Problèmes à court terme : incohérences institutionnelles


D’abord, je pense que les problèmes sur lesquels se heurte l’Union européenne, appelleraient, d’abord, sur le court terme, des réformes institutionnelles. Le problème n’est pas, immédiatement, je crois l’absence des politiques car il y a, il m’a semblé, dans ces milieux, une réelle conscience de la nécessité d’un changement mais le fait que cette volonté de changement ne peut être reconduite, comme l’exigerait une démocratie,  du peuple vers les représentants du peuple (que nous nommons, peut-être, abusivement dirigeants, car ce ne sont pas des monarques), ce qui génère un très fort mécontentement contre les instances lointaines de direction européenne. Problème de représentation, donc, qui a nourri l’extrême droite europhobe (et pas seulement la nôtre !) aux dernières européennes.
Pour cela, des concepts déjà existants mais pas suffisamment mis en avant existent : un parlement des jeunes citoyens (comme celui que tu avais mis en avant dans ton utopie politique du forum, je me rappelle, sorte d’ « outsiders » qui permettent de renouveler en permanence la classe politique). Il devrait, y avoir, pour chaque citoyen, la possibilité affichée de faire remonter ses « doléances » concernant l’administration européenne, traduites par des conseils des citoyens, des commissions libres de réflexion où chacun pourrait siéger, dans les villes et village, qui se traduisent, par exemple, par les parrainages entre villes que nous observons (seulement cette politique deviendrait systématique, généralisée et serait pensée à un niveau national, dans sa cohérence globale : une région se parraine avec une région, un département à l’intérieur avec un département à l’intérieur, les villes de même niveau avec certaines villes du département parrainé etc., par exemple dans les régions de pays limitrophes). Enfin, il y a bien sûr et surtout, l’idée que je t’avais confiée du ni « unionisme » ni « autonomisme », qui me parait essentielle. Il faut que l’Union Européenne permette l’affirmation par la confrontation mutuelle des régions, le développement du folklore justement pour les programmes de tourisme et d’accueil de l’étranger et non la dissolution dans une hyper-structure, comme on le voit aujourd’hui, qui se traduit par des volte-face indépendantistes. Mais j’en reste à mon diagnostic global : le problème est avant tout le sentiment de représentations des citoyens et l’organisation intentionnelle.
De même, les politiques continuent à être pensées à un niveau exclusivement national, sans être mises en avant au niveau international qu’est celui de l’Union Européenne. Là encore, je pense que cela n’a plus de sens dans notre ère de mondialisation : il faut penser au niveau international et plus au niveau national… J’en viens donc à l’idée de « convergence européenne » (et pas uniformisation : il s’agit de tendre vers un objectif commun sans pourtant calquer un modèle sur un autre, comme on tend à le faire aujourd’hui avec le « modèle allemand » alors que les réalités de chaque état sont différentes) et de ce que j’appellerai « politique du meilleur », à savoir, relayer, par un biais institutionnel donc, les idées innovantes de chaque état membre afin de les adopter en les adaptant et créer une sorte d’émulation, par là même, dans la production d’idées.


2) Problème à long terme : « Mais qu’est-ce que l’Europe, au juste ? »

a) Définitions, limites, objectifs

Une fois que l’on se sera attaqués à ces problèmes institutionnels, urgents, à mon avis, car ils menacent l’intégrité de l’Union Européenne (beaucoup de parlementaires européens sont aujourd’hui opposés à l’Europe, le premier ministre anglais désire un référendum etc.), on pourra s’attaquer aux problèmes de fond qui les ont amenés : le premier point est, pour moi, est que l’Union Européenne s’est détournée progressivement de son objectif d’union politique pour devenir une union essentiellement économique. D’ailleurs, peut-être que le problème vient même du fait que l’on a voulu construire l’Europe petit à petit et avec prudence, sans considérer qu’il faudrait, à un moment, un saut, une impulsion radicale qui en jetterait une bonne fois pour toutes les véritables fondements, en sorte qu’on est restés au premier stade, parce qu’on n’avait pas le courage dès le début de la lancer… (Hypothèse) On a accepté (ou rejeté) des pays sur des critères économiques sans réfléchir, tout simplement, à ce qu’était véritablement l’Europe, sans avoir d’idées précises et ce qui tiendrait dans sa véritable construction, au niveau de son identité. En effet, le « premier coup de vent » déféra l’Union Européenne si elle est purement économique et si elle n’est pas prête à faire un pas décisif, à savoir celui de partager ses fonctions régaliennes. Les alliances ne seront que stratégiques et donc rétractables selon l’occasion, de pieuses paroles et des promesses en l’air, s’il n’y a pas, comme je te le disais, une telle interdépendance que l’effondrement d’une partie entraine l’effondrement de l’ensemble et si l’on n’a pas la confiance absolue, si l’on n’est pas capable de partager la fonction de vie et de mort, la fonction de sécurité, c’est-à-dire si l’on ne crée une armée, une police et une justice européenne. Clairement, c’est ce à quoi je me réfère quand je te parle d’une convergence européenne. L’objectif clair (qui demanderait un immense travail juridique, je te donne du boulot, ce sont tes deux domaines : le droit et la sécurité…) serait de trouver, petit à petit, un même droit pour les pays de l’UE, universel (concernant les lois qui font consensus d’abord : le meurtre, le vol etc. puis les lois qui font plus débat selon les pays). Il faut une Europe cosmopolitique, une Europe des cités, celles qui ont amorcé la Renaissance au Moyen Age (très long processus contrairement à ce qu’on croit…) qui corresponde aux contraintes territoriales de ce lieu. Je crois donc qu’il est impossible de viser des Etats d’Unis d’Europe comme y rêvait Victor Hugo mais qu’il faut s’adapter à notre géographie, qui ne se prête, comme dans les grandes étendues des Etats-Unis au fédéralisme, de surcroît avec le fait qu’il n’y a qu’une seule langue ou presque dans ce territoire (l’anglais) alors qu’il y a une pléiade en Europe et des individualités beaucoup plus forte. Il ne s’agit pas de copier les USA mais, donc, de s’en inspirer, car il est vrai, comme l’avait remarqué Tocqueville que nous avons beaucoup à apprendre d’eux, même si nous ne pouvons perdre notre identité et qu’il y a de nombreux sur lesquels ils sont entrés en décadence…

b) Point de vue historique et culturel

Cela étant dit, il y a un aspect encore plus ancrée, enracinée : c’est la question de l’Histoire et des définitions de l’Europe. Là encore, il n’y aura pas d’Europe sans apprentissage à l’école, dans la culture populaire d’une Histoire commune et la construction de multiples lieux de symboles, de commération etc. de cette histoire. Les Américains, au cours de leur unification, ont, pour leur part, excellé à construire une « légende » de Destinée manifeste (c’est ce qui m’avait frappé lors de mon voyage en Amérique) : l’Américain moyen a des drapeaux dans sa maison, le billet du dollar montre en série tous les figures légendaires des USA (regarde la pauvreté de notre billet européen, il n’y a pas d’hommes-phrases) et à Washington, il y a des musées à la queue avec des objets nationaux à foisons dans lesquels chacun se reconnait. Les européens doivent à tout prix créer un mythe historique et il ne faudra, comme nous le faisons aujourd’hui souvent, s’embourber dans un souci critique absolu de vérité : ce qui importe, c’est d’avoir de grandes figures simples dans lesquels chacun puisse reconnaitre. On ne vise pas l’histoire entendue comme discipline de spécialistes critiques, mais, pour les citoyens, la littérature légendaire, celle des grands faits et gestes, la chronique. Demande-t-on à la chanson de Roland d’être réaliste ? C’est un ouvrage de littérature. Tout le monde le prend comme tel et si on n’avait raconté que la réalité, on se serait ennuyé... Pour autant, cela ne doit en aucun cas exclure le travail critique, qui intervient à un second niveau. Enfin, je suis persuadé qu’il n’y a pas d’union véritable s’il n’y a pas un langage commun. Et, là encore parce que je pense que les individualités de chaque états sont trop marquées pour qu’on puisse vouloir supprimer les langues nationales, sans en briser l’identité. Je ne vois donc qu’une seule solution : une langue pour l’Europe, dans l’esprit de l’esperanto, voire, même, le latin (qui est la langue à l’origine des langues romanes) ou le fameux « indo-européen » langue commune aux langues romanes, germaniques, slaves etc. Je n’écarte pas le français, non, plus qui était la langue de l’Europe au XVIIe siècle et est encore aujourd’hui très pratiquée, même si ça sonnerait comme une volonté d’imposer une langue plutôt qu’une autre, ce qui ne serait pas forcément digérée par les autres pays membres. L’allemand est encore la langue la plus parlée en UE, sinon. La solution est lourde et fastidieuse mais je n’en vois pas d’autres. Je crois qu’il faudra que le citoyen de demain pratique non pas une mais trois langues : une langue nationale, transnationale (la langue européenne)  et l’anglais, langue internationale, puis, peut-être, une langue pittoresque, un dialecte, une langue régionale. Mais, cette pluralité, selon moi peut être féconde. De plus, j’ai bon espoir qu’une langue puisse se développer rapidement s’il y avait dialogues entre européens : c’était le cas dans la mer méditerranée ou, entre les marchands, était apparue une langue de dialogue : la lingua franca. Toutefois, j’ai exclu l’anglais et je pense que ce serait une mauvaise idée pour plusieurs raisons.

- Il m’apparait inconcevable de choisir l’anglais car l’anglais menacerait alors de devenir une langue universelle qui prétendrait à l’uniformisation de tous et de tout et ce serait un désastre culturel absolu : nous perdrions nos langues nationales, notre littérature deviendrait langue morte etc. La pluralité est nécessaire à la démocratie même… Il ne peut y avoir une seule langue universelle, parce que ça conduit à une uniformisation totalitaire dans l’orgueil (tour de Babel !) et puis, aussi pratiquement, parce que les langues ne cessent d’évoluer et de se séparer en sous-branches, en dialectes locaux, aussitôt qu’elles commencent à s’implanter… Cette quête d’une langue universelle est donc illusoire…
- Choisir l’anglais aurait pour conséquence de renvoyer aux autres pays que l’Europe n’est finalement qu’un calque des Etats-Unis qui ont si mauvaise parmi les autres états, donnerait l’impression d’un second OTAN et d’une volonté de nouvelle domination occidentale qui serait ressentie comme une menace par tous les autres pays. Or il faut au contraire que l’Europe marque sa différence et son identité propre, sa volonté de dépasser les Etats-Unis (si ces pays s’unifiaient, son PIB y serait supérieur), de se positionner comme juste milieu entre le modèle américain en déclin et le modèle non occidental
- Il est donc nécessaire que se développe des langues qui fassent opposition à l’anglais. Or, s’il n’y a que deux langues qu’on pratique, on finira par se dire qu’il est plus simple de ne parler qu’anglais et l’on abandonnera sa propre langue. Or, s’il y a trois langues au moins pratiquées, il y a une diversité permanente entretenu, deux langues qui font barrage à la généralisation de l’anglais.

Je sais que cette solution est lourde, mais la plus simple n’est pas la plus meilleure et je n’en vois pas d’autre.
Après la question historique, reste le géographique !

c) L’Europe sur le plan externe : ses frontières géographiques et son expansion

Pour ma part, je prends l’Europe dans son sens le plus large, le plus universel et maximaliste (le seul sens qui nous donner une impression d’avoir dépassé nos Anciens) à savoir une synthèse entre l’Empire romain à son apogée et l’Occident chrétien à son expansion maximale, voire même également celui d’Alexandre le Grand. Bien sûr, une fois ces limites larges posées, cette dernière doit être confrontée aux réalités politiques contemporaines et il ne s’agit pas d’accepter un pays sous ces seules bases. La construction de l’Europe est dès lors similaire au processus d’unification des monarchies, avec la conquête d’un « domaine royal » durant le Moyen Age et ensuite celle du « pré carré » de Louis XIV : le but est de retrouver petit à petit toute l’Europe mais le processus pourrait s’étaler sur plusieurs siècles, même si notre temps s’accélère… Il va sans dire que ce processus d’expansion serait diplomatique et non pas guerrier, dans un contexte où une guerre risquerait d’être atomique et nucléaire... Sous ce sens, la limite de l’Europe serait le mythique Gange où Alexandre le Grand à décider de rebrousser chemin, la Russie où Napoléon s’est brisée, à partir des Monts de l’Oural et le plus grand désert du monde, le Sahara, avec l’immense Atlantique  à l’Ouest et au Nord…  Toutefois, ces réalités ne sont pas vraies au même degré : il importe d’élaborer l’Europe par strates successives. Il est patent, aujourd’hui que l’Europe a plutôt pour frontières celle de l’Occident chrétien médiéval. A partir de là, si l’Europe veut être cohérente, elle doit mettre en avant des figures historiques qui y correspondent et chercher à réaliser d’abord cette pleine unité, sans viser, pour l’instant, plus haut, sans se disperser. Elle devrait, par conséquent, aussi admettre sa dimension chrétienne, dimension qui n’est pas purement inédite, puisqu’on la retrouve dans de nombreux autres pays aujourd’hui (la reine chef religieuse en Grande-Bretagne, l’Espagne très catholique, les partis chrétien-démocrate d’Europe centrale, l’Italie « pays de la papauté » etc.) Il n’y a donc que la France avec sa conception très restreinte de la laïcité qui fasse exception ! Il ne s’agit pas de prôner directement le christianisme, par prosélytisme, mais de mettre en avant que l’Europe est née, avant tout, de valeurs chrétiennes, qui sont ensuite été adaptées, « sécularisées », interprétées dans un esprit de fraternité, d’humanisme, de paix, d’universalisme, de libéralisme etc. et qui sont encore les bases de notre civilisation, quelles que soient les critiques que l’on puisse faire aux grands « systèmes » religieux officiants. Mettre en avant ce christianisme, loin d’attiser les tensions avec l’Islam ou les autres religions, ne pourra que nous mettre en avant comme des croyants et non des athées, position qui horrifie tant les non occidentaux habitués au respect des traditions.
Néanmoins, cela n’est pas suffisant. Le second niveau d’unification (qui pourrait justifier une seconde phase historique) est celui de récréer un empire romain, seconde structure mentale la plus âgée après l’Occident chrétien qui a laissé de fortes strates dans notre esprit. Un des grands problèmes hérités du Moyen Age est que la Mer Méditerranée est progressivement devenue une mer indésirable, par rapport à l’Antiquité où il ne cessait d’y avoir de féconds et productifs échanges entre les pays du « bassin » méditerranéen. La Méditerranée était la limite entre les chrétiens et les « Maures ». Cette barrière mentale est encore présente dans notre esprit mais elle n’a plus sens à l’heure de la mondialisation où les limites tendent à exploser (et comme le montre très clairement la crise des migrants aujourd’hui : la Méditerranée n’est plus une frontière, c’est un pont, un passage), tout comme avec le fait qu’on ne considère plus, comme au Moyen Age ou même jusqu’à la décolonisation les Arabes comme des « hérétiques » ou des « hommes inférieurs » à la « race » blanche. Nous sommes donc appelés à entrer en dialogue et en discussion avec eux, d’autant que le printemps arabe à montré qu’il y avait dans ces pays une réelle aspiration à plus de démocratie, même si elle se confronte au terrorisme. Une autre idée que j’ai est donc la création d’une « Union de la Méditerranée ». Cette Union de la méditerranée serait accessible, tout simplement, à tous les pays qui ont une frontière avec la Méditerranée, permettrait une synergie, des accords commerciaux en vue de développer un véritable réseau d’échanges, comme celui qui existait dans l’Empire romain. Mais elle ne serait accessible qu’à des pays qui remplissent certaines conditions démocratiques : ceci aurait donc comme conséquence de donner envie aux pays non démocratiques du pourtour méditerranéen d’aller vers la démocratie pour profiter des conditions économiques favorables et permettrait d’exercer une influence dessus. A termes, elle pourrait donc, fusionner avec l’Union Européenne, même si elle aurait une importance secondaire.
Le dernier niveau, le plus improbable à l’échelle historique (et il importe de ne pas se précipiter, cette dernière ne nous concernera probablement pas) est l’intégration du Moyen-Orient, pour former un empire, comme celui d’Alexandre le Grand, l’Europe idéale que je t’ai vendue, au début. Concernant les problèmes actuels en Moyen-Orient, je suis favorable à la création d’une union du Moyen-Orient, idée que je reprends « à ma sauce » dans un ouvrage de géopolitique que j’ai lue. Cette union du Moyen-Orient, telle que je la rêve, évidemment, serait démocratique. Elle permettrait au Moyen-Orient de s’unifier au-delà de ses conflits internes (sunnisme/chiisme, Turquie/Arabie Saoudite etc.) et de régler lui-même ses propres problèmes, sans ingérence extérieure et serait une instance de dialogue, interlocuteur privilégié, auprès des autres pays et organisations internationales. Au terme de l’unité et de la stabilisation du Moyen-Orient pourrait se réaliser cette Empire du Moyen-Orient qui serait ensuite, intégré, étant démocratique, dans l’Europe.

d) L’Europe sur le plan interne : sa consolidation

i) Frontières, politique migratoire et économie

Enfin, ce qui te surprendra pour la personne de gauche que je suis est que je pense qu’il n’y aura pas de construction européenne s’il n’y a pas un certain sens des frontières, de diminution d’un libre-échange aujourd’hui chaotique et dangereux avec les autres pays, et de l’entraide entre les pays membres, qui les fasse clairement passer avant les pays extérieurs. C’est l’esprit de Schengen – j’avais entendu cela d’un prof en « Relations internationales- gommer les frontières intérieures mais accentuer les frontières extérieures. Il faudrait, par là même, une politique migratoire commune et concertée. Je pense, pour ma part, qu’un Etat ne peut se renouveler, innover, sur le plan démographique, économique, culturel etc. se développer s’il n’intègre pas une certaine part d’étrangers.

Le problème est le tabou des quotas migratoires, qui aboutit justement à limiter les migrations. Les Etats-Unis ont eus des quotas et ils ont intégré beaucoup plus que nous. Nous nous retrouvons dans la même situation d’une histoire que je crois avoir entendu rapportée par Victor Hugo  (tu comprendras l’esprit même si l’anecdote était fausse) : les anglais trouvant le mot caleçon obscène, par pudibonderie, le caleçon de bain avait fini par être interdit, tout comme son usage (cela requérait de prononcer le mot). Conséquence : ceux qui se baignaient se baignaient nus pour ne pas dire qu’ils achetaient des caleçons ou en portaient, ce qui finalement est encore plus obscène. A ne pas pouvoir parler de quotas d’immigration par pudeur et respect pour les migrants, nous sommes moins à même d’accueillir les migrants. A ne pas évoquer les différences ethniques, pour ne pas froisser les individualités, on se laisse justement demeurer dans les préjugés sur les différences ethniques, plutôt que d’oser venir, avec ses maladresses, mais avec son bon cœur, ce qui brise la défiance. Un état en bonne santé est un état qui attire, qui peut proposer des emplois, et peut accueillir certains citoyens étrangers.

Cela étant, à l’inverse, je crois qu’il finit par y avoir explosion (le fameux sentiment « on n’est plus chez nous ») s’il n’y a qu’immigration et pas émigration. Pour renouveler une population, il faut que ces transferts aient lieu dans les deux sens, ce sans quoi l’immigration donne un sentiment d’invasion, d’étouffement. Pour briser ce sentiment d’étouffement (là encore c’est différent des USA car ces derniers ont beaucoup plus de « place » pour chacun), il faut proposer aux autres de partir, justement. Ainsi, il importerait de créer de véritables programmes d’émigration  (pas définitive mais momentanée) qui permettent un constant renouvellement de la population, l’apport de nouvelles idées, concepts etc. L’Europe, plutôt que d’exploiter une main d’œuvre étrangère à bas coûts (là encore le système est différent du besoin ouvrier de main d’œuvre des années 30), pourrait jouer la carte de l’excellence : elle accueillerait certains immigrés talentueux, en leur proposant des études de grande qualité, avant que ces derniers puissent retourner et appliquer ces idées dans des pays qui ont souvent un niveau de vie inférieur, ce qui participerait au développement des dits pays (et je suis persuadé que l’amélioration du niveau de vie des populations moins aisées ne peut que jouer un rôle favorable dans l’émancipation démocratique qui permettra le triomphe des valeurs universelles occidentales). Le modèle « immigration » pour de la main d’œuvre n’est plus soutenable car, aujourd’hui, on dispose de mains d’œuvres moins chère par délocalisation (plus besoin de la faire venir). L’ultra-libéralisme, loin de favoriser les égalités par le commerce, a favorisé, au contraire, les inégalités avec ce modèle de la délocalisation. De plus, si un état veut relancer son économie par des grands travaux, comme Keynes le conseilla pour sortir de la crise de 30, ce n’est plus à lui que profite les travaux mais aux travailleurs étrangers auxquels on va commander le pont etc. Le seul moyen que je vois pour l’Europe de se sortir de ce cercle vicieux est de jouer la carte de l’excellence, là encore : il faut remplacer la main d’œuvre de coût très faibles par des robots et, pour cela, il faut former de nombreux ingénieurs qualifiés, qui pourront ensuite servir de cadres, si leur nombre excède, dans des pays étrangers et participeront à dorer la réputation de l’Europe. Le risque de sanctionner les entreprises qualifiées est qu’elle aille voir ailleurs, mais il faut je crois, clairement lutter contre les divers systèmes de délocalisation, que ce soit les pays peu couteux pour la main d’œuvre ou les paradis fiscaux, véritable gangrène de l’économie. Les FTN occidentales, en offrant un travail à tant de citoyens étrangers, au mépris des conditions démocratiques des pays en place, ne sont sans doute par pour rien dans l’essor de la Chine, des multiples régimes non démocratiques, qui nous font si peur aujourd’hui et s’opposent à nous. Ce sont elles qui nous ont trahi, car leur intérêt n’est clairement pas de faire briller l’Europe et leur nation mais plutôt leur seule préoccupation : comment faire plus de sous ? (et certaines deviennent plus riches que le PIB des états, danger intolérable, inconcevable qui nous menace tous !). Je propose donc que l’Europe joue la carte de l’excellence, en mettant en avant sa qualité de la vie et son degré d’organisation et d’innovation, mais qu’elle rompe avec ces modèles migratoires communs, selon lesquels les immigrants constituent toujours de la main d’œuvre. Il faut attirer les cerveaux, qui seront aussi les intellectuels et les esprits épris de liberté qui permettront de faire triompher nos valeurs, quand ils reviendront dans leurs pays, en s’inspirant de nos avancées, sans pourtant les copier (et justement, donc, ne pas s’accaparer totalement ces cerveaux). Pour cela, notre société doit redevenir un exemple aussi…

Par ailleurs, les européens pourrait à leur tour se former dans des pays étrangers plus développés (nous avons à apprendre des USA, je le répète) et, eux aussi, s’inspirer des multiples innovations par le voyage. Je suis persuadé, aussi, que si nous n’avons pas beaucoup à faire, c’est tout simplement que nous sommes arrivés à un certain stade de confort à partir duquel les innovations se feront moins rares (d’où le chômage). Le seul moyen que je vois d’y faire face, c’est que français aillent dans des endroits où il y a quelque chose à faire. Or, quels sont ces endroits ? Précisément, les pays qui sont les moins avancées et où tout reste à construire… Il ne s’agit pas d’entrer dans un système postcolonial mais justement faire d’une pierre deux coups : rattraper le désastre moral que nous avons laissé après les colonies et pour lequel nous sommes coupables en proposant nos services (également humanitaires) à des petites entreprises locales, organisés en réseaux, en lutte justement contre les dictatures locales associés avec certains grands groupes financiers en échange d’un salaire correct pour les personnes sur place et d’une protection (qui sera toujours très correct puisque la vie est moins chère là-bas) et sans implanter nous-mêmes nos entreprises mais précisément en s’intégrant dans ces lieux, sans chercher à dominer. Dès lors, il y aura de l’emploi pour les français qualifiés qui n’en ont pas et comme il y a toujours, dans ces pays moins avancés, encore beaucoup de richesses à exploiter, il ne manquera pas d’y avoir une forte croissance, ce dont les pays en question seront reconnaissants, richesse qui profitera donc d’abord aux pays moins avancés et puis aux ingénieurs dépêchés sur place et, peut-être, à l’Europe même (et non à l’Europe d’abord avant les pays concernés eux-mêmes, ce qui était le propre du régime colonial, et qui, pardonne-moi l’expression mais soyons franc, est tout simplement déguelasse, salaud, puant, infect, immoral, qui n’est ni plus moins de l’extorsion, du vol organisé des propres richesses d’un pays que nous pratiquons encore si bien).

ii) Stabilisation de l’Europe : relations entre les pays

Un des problèmes majeurs de l’Europe me semble que, pour le moment, elle se réduit largement à la « banane bleue » (fierté ridicule des expressions scolaires !), la mégalopole européenne chère à nos programmes de géographie du lycée, et, dont, excuse-moi, les vues sont bien courtes, autocentrées et peu ambitieuses… En cela, elle correspond à nouveau aux villes qui ont été les moteurs de la Renaissance et se rattache encore à cette cohérence géographique de l’Occident chrétien, notons-le. Or, c’est justement le fait que la majorité des organes de décision s’y trouvent centralisés qui conduit à cette méfiance quasi-maladive pour les « technocrates » européens de Bruxelles, Francfort etc. qui nous gouvernement sans se rendre compte des réalités nous dit-on et sans connaissances des réalités locales. Mais cette mégalopole européenne exclut des villes qui, par leur importance, soit passée, historique, soit présente, des villes absolument fondamentales pour la constitution de l’Europe et la cohérence mentale de cette structure politique dans la « psyché collective », due à l’histoire commune, comme on dit. Dans un « premier paquet » (là encore je procède par strates pour la construction européenne »), il est absolument impensable que les grandes puissances européennes de la Renaissance, qui sont encore nos voisins proches, « la première Europe » pourrait-on dire, ne soient pas pleinement intégrées dans ces réseaux d’échanges européens : je pense à Paris, qui est encore excentrée de cette mégalopole européenne et puis surtout à Rome et à Madrid  (même si en raison du franquisme elle l’a rejoint plus tard) qui ont été de si grandes puissances par le passé et qui se voient en raison de ce centre de gravité de l’Europe, mises au second plan. L’Europe actuelle est  essentiellement une Europe du Nord centrale, restrictive, et les pays du Sud de l’Europe, comme ceux de l’Europe centrale, sont mis sur la touche. Sa mentalité dominante est celle d’un protestantisme libéral à bout de souffle, celui de la Renaissance, ou alors celui atlantiste de la Guerre froide qui, aujourd’hui est daté et doit se renouveler sans se détruire pourtant, dans d’autres structures de pensée. Le centre de l’Europe au lieu de rayonner et d’essaimer autour de lui veut attirer à lui et finit par donner un sentiment d’engloutissement aux puissances aux extrémités, sentiment qui nourrit leur rejet face à l’uniformisation et pourrait conduire à sa perte, sa dissolution. Je relèverai un « deuxième paquet » de villes (je crois dans l’importance des villes, comme nœuds de communication, t’avais¬-je dit), villes historiquement fondamentales mais qui ont grandement perdu de leur lustre et de leur puissance, aujourd’hui, contrairement au « premier paquet » et sont aujourd’hui marqués par un sentiment de nostalgie qui leur donnerait grande envie d’en recouvrir la puissance. Je citerai Vienne (la ville du congrès de Vienne, celle du cercle de Vienne), Prague (la ville-phare de la Bohême, capitale du Saint Empire romain germanique) et Athènes (je me passe d’autres références historiques) et, dans une moindre mesure, Budapest, Bucarest et Varsovie, grandes capitales d’Europe centrale méconnues. Ces pays d’Europe centrale disposent, à mon sens, de nombreux atouts, comme en témoigne leur grandeur passée, qui gagneraient grandement à être valorisées s’ils n’étaient pas, comme c’est souvent le cas, méprisés, considérés comme des pays moins avancés alors qu’ils n’ont rien à nous envier par leur histoire.

J’ai distingué, là encore ces deux « paquets » parce que je pense qu’il faudrait deux niveaux de consolidation de l’Europe : d’abord, établir des réseaux avec le « paquet » puis avec le second. A court terme, le projet qui me semble le plus fondamental est d’étendre la fameuse « banane bleue » jusqu’à Paris et Lyon, et créant un axe Rhin/Rhône de l’Europe, par un canal entre les deux, qui intègre jusqu’à l’Italie et unisse donc ce foyer qui permit la « Renaissance » de notre Europe et en valorisant la Bourgogne, entre la région parisienne et l’Allemagne, entre Paris et Lyon. Par ailleurs, il faudrait également briser la limite des Alpes et raccorder Lyon aux villes d’Italie du Nord (Milan spécialement, capitale économique, puis Turin etc.) Enfin, de même que les Alpes, les Pyrénées dressent un obstacle majeur entre France et Espagne. Là encore, on peut penser à une ligne de grande vitesse Toulouse-Madrid (passant par Saragosse) ou Toulouse-Barcelone, avec construction d’un tunnel pyrénéen, ou élargissement. A chaque fois, tu vois que je m’inspire d’entités historiques ayant déjà existés pour me projeter dans quelque chose qui leur redonnerait leur lustre passée mais sans jamais défendre un simple retour en arrière par essence impossible (il s’agit de s’en inspirer, de s’en servir de modèle pour se dépasser et d’adapter aux réalités cet état) : ici, il s’agit de revaloriser le fameux comté de Toulouse, France de la langue d’oc qui reste dans l’ombre depuis la croisade cathare, mais dont l’on voit, en y voyageant, qu’il a encore laissé de  fortes  traces dans les mentalités. Ceci permettrait de relier au mieux des villes comme Madrid, Milan, Rome même (mais je crois encore que le mieux pour les pays du sud de l’Europe est encore de développer une « Union de la Méditerranée » par échange maritime). Autre référence historique : il est en de même, et dans une bien plus grande mesure, pour le deuxième « foyer » disons plutôt que vulgaire paquet à développer que j’avais évoqué et qui comprend les trois villes qui étaient les piliers de l’ancienne Autriche-Hongrie : Vienne, Prague, Budapest. Il serait capital (c’est le cas de le dire hihi) de les revaloriser à nouveau ces espaces pour qu’elle ressaisisse leur identité commune (tu vois que je reste dans le domaine théorique, je n’entre pas dans la possibilité pratique là, ça me concerne moins). Enfin, le dernier foyer a un statut intermédiaire car il ne correspondait historiquement à une aire encore plus reculée et donc difficile à valoriser (contrairement à beaucoup de politiques qui croit qu’il y a une trajectoire en droite ligne, un héritage direct de la Grèce Antique à la Grèce moderne vers nos propres culture et qui bondissent de 2500 ans sans réfléchir aux limites de leur analogie et ce qui nous sépare) mais qui a tout point une charge symbolique, la zone sous influence grecque ou plus justement « hellène », celle qui était celle de l’Empire romain d’Orient jusqu’en 1453, foyer de la religion orthodoxe, et dont le centre de gravité s’est déplacé avec sa chute vers Moscou, qui se revendiquait nouvelle Constantinople. Cette zone comprend encore de nombreux pays encore non intégrés à l’Union Européenne, qui, ont leur raison historique, car ils étaient marginalisés de l’Occident chrétien médiéval et a fortiori durant la Renaissance et pour lesquels beaucoup de travail reste à faire, même si, selon mon acception, ils font bien entendu partie intégrante de l’Europe.

3) Quelles lectures mentales adopter

Je crois qu’il faut absolument abandonner la catégorie mentale mortifère de pensée selon laquelle il faudrait forcément un siège centralisé à l’Europe. Les individualités y sont beaucoup trop fortes. Cette conception mentale exclusive (seulement parce que nous tolérons mal la pluralité) aboutit à un appauvrissement considérable des ressources européennes et est finalement simplificatrice jusqu’à l’excès. Il faut reconnaitre qu’il y a, dans l’Europe, une pluralité de foyers qu’on ne peut présentement réunir. Ces foyers doivent être menés comme un orchestre, de concert, pour aboutir petit à petit à un tout. Chaque partie doit être dépendante du tout pour ne pas s’en désolidariser mais aucune ne doit prendre absolument le dessus : je t’avais pris l’exemple des avions ou d’Ariane, une fusée ne peut voler si on lui enlève une de ses pièces majeures et pourtant toutes sont plus ou moins également importantes. C’est justement avec cette pluralité que va naitre la diversité, l’émulation, la concurrence louable, là où l’uniformisation marginalise des territoires qui ne sont plus valorisées ou alors suscite leur révolte. Les capitales européennes ne peuvent être tassées tous au même endroit… Si on veut leur donner crédibilité, il faut qu’il y ait des pouvoirs de décisions un peu dans chaque pays, sur le terrain, en contact avec le peuple… J’ai distingué divers foyers de l’Europe à partir desquels elle pourrait se développer. Je crois qu’il est capital de briser la représentation selon laquelle il faudrait un seul foyer unifié. Ces foyers sont selon pour moi les suivants :

- L’Europe des pairs (France, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Italie) état aux caractéristiques similaires, tambour battant de l’Europe
- L’Europe étendue : Europe des pairs avec, en plus, le plus petits pays frontaliers aux pairs (Belgique, Luxembourg, Lichtenstein, Pays-Bas, Irlande, Portugal, Suisse)

- L’Europe du Nord (Grande Bretagne, pays nordiques : Finlande, Norvège, Suède, Islande Danemark, Pologne et Allemagne si l’on étend un peu)


- L’Europe centrale (Germains : Allemagne, Autriche, Tchéquoslovaquie, Hongrie, Pologne, Roumanie, Bulgarie dont j’exclus les petits pays Slovénie, Croatie, Bosnie, Monténégro, Serbie qui font partie de la zone méditerranéenne On peut comprendre la France)

- L’Europe orientale en partie extension de la centrale (Ukraine, Biélorussie, Slovénie, Croatie, Bosnie, Monténégro, Albanie, Macédoine, Grèce, Serbie, Roumanie)
- L’Europe méditerranéenne ou du Sud : (Espagne, France, Italie, Croatie, Monténégro, Bosnie, Albanie, Grèce, Bulgarie Israël Pays arabes : Turquie, Syrie, Liban, Egypte, Lybie, Tunisie, Algérie, Maroc)

Et je crois que, plus simplement, les trois grands groupes principaux sont en fait : Europe centrale, Europe du Nord, Europe du Sud. Tu vois que certains pays ont double appartenance, selon qu’ils sont ouverts à différentes façades maritimes (Notre France, c’est son atout, a même triple appartenance !). Et, là encore, j’insiste sur le fait qu’une identité n’est jamais exclusive. Pratiquement, il est de nombreux pays qui ont des doubles appartenances (c’est souvent le cas des pays frontaliers) : ne retenir qu’une seule appartenance – seulement parce que la pluralité n’est intellectuellement pas « confortable »-  n’aboutit qu’à des conflits et finirait par établir une Europe comme « bloc civilisationnel » justifiant le « choc des civilisations ». L’appartenance qu’on veut étouffer finit tôt ou tard par ressortir dans des revendications indépendantistes, autonomistes, ou séparatistes. On ne peut pas isoler une partie de notre Histoire sans qu’elle revienne aussitôt tôt ou tard, et de la manière, par des troubles, des « révolutions », des revirements etc. C’est la perpétuelle tentation totalitaire de vouloir tout unifier. Pour se construire, les pays doivent s’affirmer comme ils sont : ils seraient vain de mentir car ils reviendraient toujours à leur vraie nature qui leur est dictée, qu’ils ne choisissent pas. Je ne choisis pas de naitre où je suis, comme je suis, je ne choisis pas mon identité mais je ne peux que l’assumer dans sa pluralité de sources. L’histoire est faite de différentes « strates » par ajouts successifs qui ne sont jamais homogènes (et tant mieux !) et qu’on ne saurait toutes mélanger sans faire effondrer l’ensemble. Ainsi, il faut cesser de faire de classifications exclusives (comme Huntington le fait, à la hache) mais des classifications avec des aires qui se chevauchent l’une et l’autre s’il y a lieu et sont intriquées l’une dans l’autre, pour rendre compte de la complexité de la réalité…

Il me semble qu’à chacune de ces trois aires : Europe du Nord, Europe du Sud, Europe centrale devrait correspondre à certains centres de décision, zones d’interconnexion politiques et économiques, pourrait être des subdivisions de l’Europe qui coupent les pays (car ils faut des subdivisions médianes entres les pays et l’Europe pour que se projette et construise petit à petit son unité, qui ne parle pas directement à tous) Ce serait nécessaire, par exemple, à la valorisation de tous les états qui ne sont sinon pas représentés, car trop petits et permettrait leur unification, la mise en avant de leur intérêts. On pourrait penser à une division en trois (Nord, Sud, Centre) de l’Europe semblable à celle de Dioclétien dans l’empire romain entre empire romain d’orient et d’occident, qui donna la tétrarchie. Le but est en tout cas que l’Europe soit administrée, à termes, comme un seul état. Cependant (et je voudrais conclure sur ceci) ce processus pourrait se réaliser, il me semble, uniquement sur plusieurs siècles (je l’ai comparé à l’extension du domaine royal en France, qui n’était pas moins ardue, au Moyen Age) et c’est, à mon avis, une des graves erreurs des Occidentaux de décréter l’histoire finie. Il faut, au contraire, s’atteler dès à présent à la construire, ce sans quoi nous nous accuserons un retard significatif sur les autres et, pour cela, il faut voir sur le très long terme, quoi que l’esprit du temps veuille nous faire croire, en arguant l’accélération du temps (mais une seconde reste une seconde et si l’on évolue facilement dans la technique, comme nous l’avons fait, il faudra des siècles pour changer les mentalités et faire évoluer l’Europe vers l’unité parfaite, des siècles qui verront à leur tour venir d’autres problèmes) Cessons-donc de nous projeter dans la seule logique de quelques années, ou d’une génération… Nous avons calqué le temps technologique sur le temps historique. Les outils pensent pour nous. Ce n’est qu’une illusion due à notre bassesse de vue… On ne peut aller plus vite que le temps, le « rattraper », courir après lui… Il faut construire l’Europe et c’est un chantier de plusieurs générations (tant mieux si ce n’est pas l’affaire d’un jour, le problème est moins facile, plus excitant intellectuellement). C’est un chantier où il faudra probablement tenir compte des mentalités et attendre une véritable maturation plutôt que de forcer un progrès qui doit correspondre aux réalités de la vie du citoyen européen pour ne pas susciter rejets… L’illusion consiste à croire que la construction européenne dépend de notre époque, de notre temps, et de donner à des évènements politiques. Selon moi, le véritable homme politique est celui qui a l’intuition de la dynamique historique, qui sait interpréter les signes de notre temps, non pas suivre un « sens de l’histoire » marxiste, univoque, linéaire, suite des époques logique et évidente, mais, au contraire, celui qui, à travers l’écran de poussière que soulève les multiples polémiques du temps, et dans les revirements et basculements que chaque génération subit, qui la chahute en tout sens et l’égare, garde toujours les yeux fixés vers la seule issue parmi tant d’impasses, la faille dans laquelle s’échapper et perçoit ce glissement progressif du temps et l’adaptation nécessaire pour ne pas se faire briser dans son mouvement, a une idée de l’éternité de l’histoire, au-dessus de ses contingences…

4) Les cas particuliers et débats actuels

a)Turquie
b) Russie
c) Paradis fiscaux


Conclusion :

Il faut absolument faire un tour d’Europe pour vérifier tout ça durant l’été

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Re: La construction européenne

Message par L'Architecte le Jeu 7 Jan - 18:05

Bonsoir! J'ai lu avec beaucoup d'attention ce texte, et voici quelques points que j'aimerai compléter/éclaircir avec toi  Smile  :

Dans ce passage: "Les problèmes que rencontre l’UE nécessiteraient des réformes institutionnelles. Les problèmes institutionnels sont une menace à l’intégrité de l’Union Européenne. Le problème n’est pas l’absence des politiques car il y a une réelle volonté de changement. Mais cette volonté n’est pas reconduite du peuple vers ses représentants."
Qu'entends-tu par "n'est pas reconduite du peuple vers ces représentant"?

"L’objectif clair serait de trouver, petit à petit, un même droit pour les pays de l’UE, universel (concernant les lois qui font consensus d’abord : le meurtre, le vol etc. puis les lois qui font plus débat selon les pays)." Le droit Européen est déjà en construction, et la démarche que tu suggère a déjà été employé, notamment en ce qui concerne le droit des contrats. Je pense au travail de la commission Lando en 1995: une initiative d’universitaire européen avec l’appui officieux des autorités européennes. Elle a publié des principes européens du droit des contrats. Au niveau de l'Union Européenne même il y avait le projet de code civil européen. Mais cet objectif a été revu à la baisse en un cadre commun de référence. Une version définitive a d'ailleurs été publiée en 2009 et reprend le travail de la commission Lando. En attendant, une version réduite au contrat de vente a été promulgué en un projet de règlement européen sur le contrat de vente. Enfin, et comme tu le sais sans doute, on a dores  et déjà une Cours de Justice Européenne. Mais hélas, tout ceci alimente les eurosceptiques car il donne l’impression d’une overdose normative…

Je suis d'accord avec tes remarques concernant le plan historique et culturel: "Cela étant dit, il y a un aspect encore plus ancrée, enracinée : c’est la question de l’Histoire et des définitions de l’Europe. Là encore, il n’y aura pas d’Europe sans apprentissage à l’école, dans la culture populaire d’une Histoire commune et la construction de multiples lieux de symboles, de commération etc. de cette histoire. Les Américains, au cours de leur unification, ont, pour leur part, excellé à construire une « légende » de Destinée manifeste (c’est ce qui m’avait frappé lors de mon voyage en Amérique) : l’Américain moyen a des drapeaux dans sa maison, le billet du dollar montre en série tous les figures légendaires des USA (regarde la pauvreté de notre billet européen, il n’y a pas d’hommes-phrases)"
On a des monuments… des figures architecturales. Car finalement c’est passe partout. Tu as parfaitement raison de prendre l’exemple de nos billets, car ils sont la meilleure preuve que pour le moment il n’existe pas de figure commune, « d’Homme phrase » pour reprendre ton expression. A ce sujet, Régis Debray s'exprime assez bien. Je l'ai étudié en Philosophie Politique ( http://www.cairn.info/revue-les-cahiers-de-mediologie-1999-1.htm ).Peut-être aurions-nous du mettre des figures comme Schuman par exemple. Ou Victor Hugo. Peut être même pourrions nous imaginer des billets pour la monnaie commune qui serait imprimer avec des figures différentes selon les pays. La circulation facilitant ensuite le travail d’union consensuelle. Au passage, cela ferait également le bonheur des collectionneurs…

J'aime bien ton idée d'Union Méditerranéenne. Mais il faudrait avant stabiliser le pourtour méditerranéen, au moins en ce qui concerne le Maghreb.

Sur la consolidation de l'Europe au plan interne, je suis assez d'accord dans les grandes lignes (je t'enverrai ma version annoté par mail si tu veux). Une remarque sur ce passage là cependant: "jouer la carte de l’excellence, là encore : il faut remplacer la main d’œuvre de coût très faibles par des robots et, pour cela, il faut former de nombreux ingénieurs qualifiés, qui pourront ensuite servir de cadres, si leur nombre excède, dans des pays étrangers et participeront à dorer la réputation de l’Europe. "
Remplacer la main d’œuvre de coût très faible par des robots est déjà le processus en cours. Mais il s’agit d’une logique concurrentielle. Et le principale problème est que pendant que les robots travaillent, les hommes eux ne travaillent pas. D’où du chômage. Toutefois je prends en considération ton idée de former des ingénieurs qualifiés : finalement il y aurait une sorte de reconversion des ouvriers en ingénieurs. Le souci c’est que tout le monde n’a pas les capacités de devenir ingénieur. On arrive alors à la question du système éducatif. Comment l’améliorer ? (Cette question pourrait faire l'objet d'un topic à part entière  Wink   )

Voilà pour les points principaux. J'ai surligné pas mal de choses dans ma version annoté, je te montrerai en temps voulu. Smile
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L'Architecte

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